Entretien avec Guy Delisle par les élèves de 5ème B

Le mardi 29 octobre, les élèves de la classe de 5ème B ont rencontré le dessinateur Guy Delisle.

30 questions pour mieux le connaitre :

 

  1. Dans combien de pays avez-vous vécu ? Quel pays avez-vous préféré ?

    Une bonne vingtaine. Parfois pour quelques mois, parfois pour plusieurs années.

  2. Avez-vous fait une BD de tous les pays où vous avez vécu ?

    Non. Pour pouvoir raconter des histoires, il faut avoir vécu un certain temps dans le pays.

  3. Qu’est-ce qui vous inspire quand vous écrivez ?

    Pour les BDs du Le guide du mauvais père, je me suis inspiré essentiellement des bêtises que faisaient mes enfants et des gaffes que je faisais en tant que père. Et pour les autres, ce sont mes expériences à l’étranger qui m’ont inspiré. Sinon, je m’inspire de ce qui m’entoure.

  4. Avez-vous toujours eu envie de faire ce travail ?

    Oui. Je dessine depuis toujours. Plus tard, j’ai fait deux années à l’école des beaux arts. Puis ensuite, je suis allé dans une école spécialisée dans le dessin d’animation.

  5. A quel âge avez-vous commencé à dessiner ?

    Tout petit. Et je n’ai jamais arrêté. C’est ma passion.

  6. Est-ce que ça a été difficile de faire votre première BD ?

    Ça s’est fait petit à petit. J’ai commencé par des sortes de comics, des histoires courtes publiées dans le magazine Lapin.

  7. Combien de temps cela vous prend pour faire une BD ?

    Je fais une planche par jour. C’est rapide. En comparaison, Hergé mettait une semaine pour dessiner une planche de Tintin. Cela me prend généralement un an pour faire une BD d’environ 200 pages. Pour Le guide du mauvais père, il m’a fallu à peu près six mois pour écrire chaque tome. Quant à la réalisation de mon plus gros livre, S’enfuir : Récit d’un otage, ça m’a pris environ deux ans.

  8. Avez-vous une BD favorite ?

    Celle sur la Corée du Nord d’abord parce que c’était un voyage intéressant et ensuite parce qu’elle a été traduite dans beaucoup de pays.

  9. Quelle BD a connu le plus de succès ?

    Les chroniques de Jérusalem. Elle a obtenu le prix de la meilleure bande dessinée à Angoulême, en 2012.

  10. Pourquoi faites-vous des dessins en noir et blanc ?

    C’est essentiellement pour des raisons économiques. Le noir et blanc, c’est moins cher. La couleur, c’est plus compliqué, il faut plus de moyens.

  11. Êtes-vous joyeux quand vous écrivez/dessinez vos BDs ?

    Cela dépend : sur la BD S’enfuir, ce n’était pas très drôle parce que ça raconte l’histoire d’un otage. Mais lorsque j’ai écrit Le guide du mauvais père, j’ai beaucoup rit ! Je me rappelle qu’un jour, j’ai pris une tronçonneuse et j’ai fait croire à mon fils que je m’étais coupé le bras. Dans la BD, je raconte cette histoire en exagérant. Ça m’a fait beaucoup rire quand je l’ai dessinée.

  12. Comment avez-vous trouvé votre style de dessin qui est différent des autres BDs ?

    J’ai fait beaucoup de croquis. Étudiant, je dessinais tout le temps : c’est un bon moyen d’apprendre à dessiner et surtout, ça permet de se perfectionner très vite.

  13. Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?

    Depuis que j’ai des enfants, je voyage moins donc je ne fais plus de BDs sur les villes où j’ai vécu. J’en ai aussi fini avec Le Guide du mauvais père. J’ai commencé un nouveau projet où je raconte mes souvenirs d’adolescence. Pour me faire de l’argent pendant les vacances d’été, j’ai travaillé plusieurs années dans l’usine de papier où travaillait mon père. J’ai envie de parler de cela, du monde ouvrier. J’ai déjà fait 60 pages, il faut que j’en fasse encore une soixantaine.

  14. Est-ce que dessiner des BDs est un métier ou un passe-temps ?

    C’est d’abord un passe-temps. Puis c’est devenu mon métier. Mais très peu de personnes peuvent vivre en ne faisant que de la BD. Il faut avoir un métier à côté. Moi, pendant longtemps, j’ai travaillé dans des studios d’animation. C’est ce que je raconte dans Shenzen.

  15. Est-ce que vous avez un autre talent que celui de dessiner ?

    J’ai quelques autres talents comme réparer des choses. J’aime bien réparer les choses cassées, les vélos… Je suis un bon bricoleur. J’aime bien aussi travailler le bois. J’aurais aimé être ébéniste.

  16. Êtes-vous vraiment un mauvais père ?

    Non, pas vraiment. Je fais des gaffes bien sûr, mais en réalité, je suis plutôt papa poule.

  17. Est-ce que vous laissez vos enfants lire vos BDs ?

    Au début non, mais les copains de mes enfants leur en ont parlé alors ils les ont lues.

  18. Envisagez-vous de faire Le guide de la mauvaise mère ou Le guide du mauvais mari ?

    Non. Mes récits sont essentiellement autobiographiques. Je n’écrirai plus non plus de nouveaux guides du mauvais père : mes enfants ont grandi. Et les ados, c’est moins rigolo. J’attends d’être grand-père. Je ferai alors peut-être Le guide du mauvais grand-père.

  19. Si vous deviez dessiner quelque chose dans cette pièce, qu’est-ce que vous dessineriez ?

    Je ferai des portraits. Je ferai vos portraits.

  20. Est-ce la première fois que vous venez aux Émirats ?

    Non, je suis déjà venu pour un salon du livre à Abu Dhabi pendant 4 jours, il y a quelques années.

  21. Que venez-vous faire aux Émirats ? Comment vous trouvez ce pays ?

    Je n’ai pas beaucoup visité les Émirats car je suis venu pour le salon du livre de Sharjah. J’en profite pour aller dans les écoles pour parler de mon travail. Ce que je peux dire, c’est que c’est un pays où il fait chaud, très chaud. Je n’ai pas vraiment l’habitude.

  22. Quel a été votre voyage préféré ?

    La Corée du Nord a été le voyage le plus intéressant parce que c’est un pays tellement à part. Mais en Birmanie, j’ai rencontré des gens adorables. Les pays qu’on aime le plus, ce sont ceux où l’on a le plus d’amis.

  23. Où est-ce que vous aimeriez aller prochainement ?

    Mes enfants veulent aller au Japon parce que la culture y est très forte. Ils aiment aussi les mangas. Mais moi, j’aimerais bien aller au Bhoutan.

  1. Quelle œuvre de littérature préférez-vous ?

    Des souris et des hommes de John Steinbeck est sans doute mon roman préféré. Je vous le recommande. Croc-blanc de Jack London aussi. C’est une histoire formidable.

  2. Pourquoi les aventures de Louis sont-elles sans dialogue ?

    Les aventures de Louis, comme Louis au ski, sont sans dialogue car cette histoire est destinée aux très jeunes enfants. Cela permet aux enfants de lire l’histoire seuls.

  3. Qu’est-ce qui est mieux : ici ou ailleurs ?

    On peut se poser cette question partout. Je vis à Montpellier maintenant. J’y suis bien. J’y ai de bons copains. Un endroit où on est bien, c’est un endroit où on est bien entouré.

  4. Être francophone, qu’est-ce que ça signifie pour vous ?

    Je viens du Québec, donc d’un pays francophone. Il y a beaucoup d’endroits dans le monde où on parle français. Quand j’ai commencé à écrire, je me suis aperçu que je faisais beaucoup de fautes d’orthographe. Alors, j’ai tout réappris depuis le début. J’ai repris les livres de 6ème, de 5ème etc. Ça a été beaucoup de travail à 25 ans ! C’est tellement plus simple quand on a les bases.

  5. Avez-vous collaboré avec d’autres dessinateurs ?

    J’ai collaboré avec Christophe André et ai repris son histoire pour écrire le livre S’enfuir. C’était ma seule collaboration car je préfère travailler seul.

  6. Vous êtes-vous déjà inspiré de d’autres BDs dans votre travail ?

    Oui et non. Je lis beaucoup. Ça m’influence forcément. Mais j’ai mon propre dessin et mes propres histoires.

  7. Est-ce que vous dites « chocolatine » ou « pain au chocolat » ?

    Au Québec, on dit « pain au chocolat ». Mais on s’en fiche un peu. L’important, c’est qu’il soit bon.